
JUSTICE 89e Année Edition N°11 Jeudi 12 Mars 2009
EDITO :
PAS DE SOLUTION DURABLE SANS UNION ET RESPONSABILITÉ
La grève générale qui a tant mobilisé,passionné et inquiété à la fois
le peuple martiniquais a posé, audelà de la question de la vie chère
qui intéresse toutes les catégories sociales, celle de la construction
d’une société meilleure, plus juste et plus égalitaire.
Une société d’où seraient bannis le chômage massif, l’exclusion sociale,
la violence sous toutes ses formes, les discriminations subtiles
ou brutales, les ghettos ethniques, et surtout ce sentiment de

Au centre Ghislaine Joachim-Arnaud (SG CGTM) avec plusieurs dirigeants syndicaux
“profitation”, de domination et d’exploitation des Noirs par les
Blancs.
En Martinique comme en Guadeloupe, il s’est créé de fait un Etat
dans l’Etat, le Collectif et le LKP faisant régner par la persuasionet
aussi par une forme de contrainte- un ordre nouveau, parallèle,
favorable à la mobilisation populaire. Et de fait, le peuple
martiniquais, sans distinction de classes sociales, mais avec une
prédominance du prolétariat, des jeunes, des chômeurs, et une remarquable
participation féminine, s’est mis en mouvement pour exiger,
crier sa détresse et soutenir les dirigeants du Collectif du 5 février.
La lenteur des négociations ; la mauvaise volonté manifeste des
patrons de la grande distribution ;les difficultés de concilier l’exigence
d’une demande initiale d’augmentation des salaires de
354 euros avec les possibilités réelles de très nombreuses entreprises
et avec les aides susceptibles d’être accordées par les
collectivités locales et l’Etat, l’existence d’une nombreuse jeunesse
ayant le sentiment d’être exclue de la société de consommation :
tout cela a déclanché sur deux nuits de pillages et d’incendies.
Ensuite, cela a été l’impensable provocation patronale du vendredi
6 mars qui aurait pu avoir de plus graves conséquences.
Au cours de cette période d’agitation féconde, la parole martiniquaise
s’est véritablement libérée et toutes sortes de discours ont
été prononcés, certains sous le coup de l’émotion, d’autres après
avoir été dûment réfléchis. La situation en Guadeloupe et en Martinique
n’a pas laissé indifférents les médias français qui lui ont
consacré un certain nombre d’émissions et d’articles. L’Etat
français, pour qui ce n’était manifestement
pas une priorité, à en juger par le long silence initial de
Nicolas Sarkozy, a fini par prendre conscience de la gravité du mal
qui ronge les sociétés antillaises et a décidé de s’y attaquer par la
tenue prochaine d’Etats généraux dans les quatre DOM sans exclure
la question institutionnelle
Malgré les attaques verbales de l’UMP locale contre l’article
74, le vote du Congrès des élus martiniquais en faveur
d’une évolution institutionnelle vers l’Autonomie, dans le
cadre de l’article 74, doit être respecté et pris en considération
par le gouvernement. Avant la tenue des Etats Généraux
annoncés par le président de la République, il faut
qu’aient lieu en Martinique, à l’initiative du Congrès, des
Etats Généraux pour le Développement et la Responsabilité
! Toutes les aspirations et revendications socio-économiques
exprimés à l’occasion de la grève doivent pouvoir être synthétisés,
confrontées les unes aux autres, comparées à celles déjà
formulées par le Conseil régional et le Conseil général ( SMDE,
Agenda 21).

Le préfet Mancini (àG) avec de G à D, PH. Pierre-Charles, M. Monrose, G. Joachim-Arnaud et D. Gromat
Les problèmes sociaux, économiques posés par le Collectif du 5
février ne peuvent trouver de solution pérenne que hissés au plan
politique. C’est pourquoi il ne faut pas opposer les acteurs sociaux
aux politiques pris indifféremment comme on l’entend parfois.
C’est au contraire le Rassemblement martiniquais qui est impérativement
à l’ordre du jour et non les petits calculs politiciens de tel
ou tel. Car la résolution de la crise martiniquaise implique de s’engager
dans un nouveau type de développement porté par son
peuple. La Martinique doit arracher un maximum de responsabilité
politique dans un contrat nouveau tant avec l’Etat français
qu’avec l’Union européenne.
Cela, aujourd’hui c’est l’article 74 qui le permet car il ouvre des situations
juridiques nouvelles et inédites à négocier avec le gouvernement.
Dans cette perspective, l’union est indispensable.
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Maurice Belrose