Allocution de M. Claude LISE
Sénateur de la Martinique
Président du Conseil Général
Vernissage de l’Exposition :
« 90 ans, Justice témoin et acteur des avancées de notre peuple »
Mercredi 12 mai 2010
19 h 30
Atrium
Monsieur le Secrétaire Général du Parti Communiste Martiniquais, Cher Georges ERICHOT,
Monsieur le Rédacteur en Chef, Cher Michel BRANCHI,
Monsieur le Directeur de la Publication, Cher Fernand PAPAYA,
Mesdames et Messieurs les Membres du Comité de Rédaction et de l’Equipe des Editions Justice,
Mesdames et Messieurs les Journalistes,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
Je suis particulièrement heureux de voir se tenir en ce lieu l’exposition consacrée à « JUSTICE », un journal dont l’histoire est intimement liée à celle du peuple martiniquais depuis déjà 90 ans.
Et ce n’est pas, je vous l’avoue, sans émotion que je prends devant vous la parole, tant je ressens ce qu’a pu représenter chacun des événements qui sont évoqués par les documents ici exposés. Tant aussi je mesure l’honneur qui m’est fait de présider la présente cérémonie d’ouverture.
Je veux donc, avant tout, remercier les organisateurs – les responsables du journal « JUSTICE » et du Parti Communiste Martiniquais – de m’avoir adressé un geste d’estime et, je crois pouvoir dire, d’amitié que j’apprécie tout particulièrement.
Car j’ai bien compris que leur invitation ne s’adressait pas, de façon protocolaire, au président du Conseil général, mais à un militant qu’ils connaissent depuis longtemps et qu’ils ont eu l’occasion de côtoyer dans maints combats ; maints combats menés au nom de valeurs communes et pour la défense des intérêts et de la dignité du peuple martiniquais.
Un militant qui a toujours entretenu avec ses camarades communistes des relations où le débat franc et sans complaisance a toujours eu toute sa place, mais où la camaraderie vraie n’a jamais fait défaut.
Car si j’ai, assez tôt, été déçu par certaines interprétations de la pensée de Karl Marx et révolté par le spectacle offert par certains Etats dits socialistes, je n’ai jamais pour autant cessé de reconnaître la valeur de l’engagement de millions de militants communistes à travers le monde au service de l’émancipation de l’homme.
Je n’ai jamais non plus oublié que, comme l’écrivait Claude Roy en 1963, à l’occasion de l’assassinat par Franco de Julian Grimau, « le plus sûr thermomètre de l’état de santé de la liberté dans une nation, c’est le chiffre des communistes qui s’y trouvent en prison. Quand la liberté commence à disparaître quelque part, il n’y a encore que les communistes en prison. Quand la liberté commence à réapparaitre quelque part, il n’y a plus que les communistes en prison… ».
Le combat pour l’émancipation de l’homme, et singulièrement de l’homme martiniquais, est celui-là même dont le journal « JUSTICE » s’est toujours voulu le vecteur.
C’est l’engagement pris dès sa création par le « Groupe Jean Jaures » de Jules Monnerot, dans la Martinique coloniale des années 1920 où règnent l’arbitraire, l’injustice, les inégalités, la discrimination, la répression,…
C’est la tâche poursuivie au lendemain de la loi de départementalisation et son cortège de désillusions.
C’est le défi que s’applique encore à relever l’actuelle équipe de « JUSTICE », en des temps de profondes mutations ; des temps où il faut faire face à des formes nouvelles de domination, d’inégalités et d’exclusions ; des temps où il faut, par ailleurs, continuer de convaincre de la nécessité pour le peuple martiniquais d’avancer, de manière réaliste mais résolue, sur la voie de la responsabilité.
Une chose est sûre, c’est que, pour un organe de presse, un 90ème anniversaire est une occasion privilégiée de dresser un bilan et de dégager des perspectives.
C’est, en l’occurrence, l’occasion pour nos compatriotes de rendre un hommage mérité au doyen de la presse martiniquaise.
De saluer son souci constant de l’analyse.
De l’analyse lucide. De l’analyse avec laquelle on peut se trouver en désaccord, mais dont on ne peut contester le caractère approfondi.
L’analyse guidée par un souci d’élucidation des problèmes de notre temps ; sans jamais craindre d’aller à contre-courant des pensées uniques, des idéologies dominantes voire même, comme le dirait Jaures, des « huées fanatiques » ; sans jamais craindre de payer le prix de son audace et, disons-le, de son courage.
Le tribut payé, à cet égard, par le journal « JUSTICE » est, on le sait, particulièrement lourd.
« JUSTICE » n’a pas seulement dû faire face, en 90 ans d’existence, aux attaques, aux condamnations, à la censure et aux saisies.
Il s’est trouvé confronté – faut-il le rappeler – à l’un des événements les plus tragiques de notre histoire martiniquaise : l’assassinat d’André ALIKER, l’une de ses plumes et de ses consciences les plus indomptables. André ALIKER dont le cas, comme le souligne René MENIL dans un article de JUSTICE, nous invite à « nous demander à nous-mêmes où en est l’information ? Qui la fabrique ? Sous quelle forme nous est-elle donnée ou même imposée ? »
« JUSTICE » c’est, par dessus tout, le pari réussi de l’indépendance à l’égard de certains intérêts et notamment de ceux des puissances d’argent : au nom de la liberté de pensée et d’expression ; au nom de l’indispensable fonction critique que doit remplir un journal d’opinion.
L’enjeu est évidemment crucial au moment où pèsent tant de menaces sur la liberté de la presse en général. Au moment où, par exemple, un industriel comme Arnaud LAGARDERE, contrôlant la distribution d’une majorité de titres de presse en France, n’hésite pas à déclarer, je le cite : « C’est quoi l’indépendance de la Presse ? Du pipeau. Avant de se demander s’ils sont indépendants, les journalistes feraient mieux de savoir si leur journal est pérenne ».
Vous comprendrez, face à de telles déclarations, que l’on soit d’autant plus enclin à saluer, au sein de notre société martiniquaise, tout à la fois l’indépendance et la pérennité d’un Journal comme « JUSTICE ».
Que l’on soit enclin à souhaiter qu’il contribue pendant longtemps encore à enrichir le débat démocratique martiniquais.
A contribuer à nous convaincre qu’il n’y a pas de presse libre sans démocratie, mais pas davantage de démocratie sans presse libre.
Merci de votre attention.
Joyeux anniversaire et longue vie au journal « JUSTICE » !
Allocution de
M. Claude LISE
Sénateur de la Martinique
Président du Conseil Général
Vernissage de l’Exposition :
« 90 ans, Justice témoin et acteur des avancées de notre peuple »
Mercredi 12 mai 2010
19 h 30
Atrium